berangere: (anthropo fun)
  Il y a un an presque jour pour jour, je parlai du site de Kitakogane 2 à l'occasion de la découverte d'une tombe (avec des os conservés).
  Kitakogane 2 est un site qui aime faire parler de lui vers la Toussaint, et il revient cette année dans les journaux suite à la découverte de deux crânes de cerfs entourés de nombreuses vaisselles en céramique enterrés dans l'amas coquillier.
  Le site (北黄金2遺跡, Hokkaidō, ville de Date, quartier de Kitakogane) est situé à proximité d'un célèbre amas coquillier (Kitakogane, sans le 2) du Jōmon Ancien qui est classé Site Historique National, et la ville et le Centre de Recherche de la Culture Funkawan, en charge des fouilles, espèrent faire subir le même sort à Kitakogane 2. C'est dans le but de prouver à quel point il est formidable et unique qu'il est l'objet de fouilles depuis l'année dernière.

  La campagne cette année avait pour but de confirmer l'emprise totale du site. Les crânes et les vaisselles ont été retrouvées à 1,7 m sous la surface de l'amas coquillier, les deux crânes alignés (mais si mes souvenirs de mathématiques ne sont pas trop rouillés, lorsqu'on n'a que deux points, il sont très souvent alignés) et les vaisselles disposées autour. Il s'agit de vestiges du Jōmon Ancien (4.000 BCE), peut-être liés à un culte animal afin de faciliter le passage dans l'autre monde des esprits des animaux chassés. Du moins c'est ce que dit Aono Tomoya (39 ans), responsable des fouilles pour le Centre de Recherches de la Culture Funkawan : moi, la pensée qui sous-tend le geste, ça fait bien longtemps que j'ai arrêté de tenter d'y avoir accès. Aono Tomoya (39 ans) pense qu'il sera possible de confirmer la vocation rituelle de ce dépôt grâce à une fouille complète des couches de coquillages l'entourant.

  L'équipe de fouilles a un blog.


Deer skulls and potteries found in Kitakogane 2, Hokkaido, possible remains of an animal cult.

Source )
 

 

berangere: (dogu)

   Une gangū, c'est comme une dogū, mais en pierre.

土偶 dogū : figurine en céramique
          土 = terre ; 偶 = de forme humaine (mais le terme est utilisé pour toute les figurines, mêmes animales)
          pour les exemples concrets, voir le tag consacré : dogus
岩偶 gangū : figurine en pierre
          岩 = pierre ; 偶 = de forme humaine.

   Fermons ici cette annexe de 「l'idiotisme japonais inutile du jour」 et revenons-en à l'actualité archéologique.

   Le Centre pour les Propriétés Culturelles Enterrées de Hokkaidō a annoncé la découverte sur le site de Tatesaki (館崎遺跡, Hokkaidō, district de Matsumae, ville de Fukushima) d'une gangū de la deuxième moitié du Jōmon Ancien (vers 3.000 BCE).







   Pour une fois, l'image est assez grande pour mériter de figurer sous un cut : par ici )

  La photo provient du pdf de présentation des fouilles du Centre pour les Propriétés Culturelles Enterrées de Hokkaidō pour cette année.
La tablette a été retrouvée en trois morceaux, la partie où figurait la tête a disparu. Le corps humain est figuré par des lignes gravées dans la pierre. Les membres ont été volontairement omis, signalant une représentation abstraite de l'être humain.
   Cette gangū mesure 37 centimètres de haut, 29 centimètres de large et environ 2 centimètres d'épaisseur, ce qui en fait probablement l'une des plus grande de l'archipel. Elle est en tuf volcanique (comme les Moais de l'île de Pâques. Merci de ne pas conclure à un lien entre les deux civilisations).
   Des gangūs sont retrouvées un peu partout sur l'archipel, mais en quantités beaucoup moins importantes que les dogūs. Elles sont produites à partie du Jōmon Ancien. Celle-ci a été trouvée dans la terre qui comblait une habitation semi-enterrée à la fin du mois d'août.

berangere: (yajiri)
  Comme j'annonce à présent mes articles sur Diaspora*, j'avais décidé d'utiliser des titres moins sibyllins. Résolution qui aura donc tenu une semaine...
   Ainsi, il n'y a pas que du Jōmon au Jōmon. Dans l'absolu, rien de plus vrai : en Europe, par exemple, on peut chercher pendant les 10.000 ans que dure la civilisation Jōmon, on n'en trouvera aucune trace. Par contre, au Japon, l'affirmation peut sembler plus insolite. Et bien non, il n'y a pas que la civilisation Jōmon qui se développe sur l'archipel de 10.000 à 300 BCE.

  Du 12 au 15 septembre, des archéologues ont prospecté le sol de l'île de Kunashiri, qui est la plus méridionale des Kuryles*. Au sud de l'île, sur la rive droite de la rivière Shiromanbetsu, sur un plateau de 5 à 6 mètres d'altitude, ils ont trouvé une pointe de flèche (石刃鏃, sekijinzoku) et un fragment de couteau (石刃, sekijin), en obsidienne.

  Le couteau présente une gorge pour fixer un manche avec une corde. La pointe de flèche est amputée de sa base et de sa pointe : il s'agit d'un éclat oblong avec des traces d'enlèvements sur une seule face, caractéristique des pointes de flèches de la culture Sekijinzoku (à laquelle, donc, elles donnent leur nom). Il s'agit d'une culture paléolithique de l'Eurasie continentale qui serait arrivée sur Hokkaidō vers 5.000 BCE depuis la Sibérie en passant par Sakhalin.

  Depuis 50 ans, des traces de cette culture sont retrouvées sur Hokkaidō, dans les régions de Abashiri, Tokachi et Nemuro, près des côtes. Les vestiges comportent également des fosses et de la vaisselle en céramique.

  Le site a été nommé 「Shiromanbetsugawa ugan daichi iseki」 (シロマンベツ川右岸台地遺跡), ce qui signifie "le site du terrain élevé de la rive droite de la rivière Shiromanbestu" (indexé sur ce journal sous le nom de "Shiromanbetsu").



Source )

 




* Le débat sur la nationalité de ces îles ne m'intéresse pas. Je le précise à l'intention des personnes qui m'invectivent régulièrement concernant la politique nucléaire japonaise sous prétexte que je tiens un journal sur l'archéologie de ce pays...
berangere: (yajiri)
... le Yayoi n'existe toujours pas.

   Le Jōmon étant une civilisation bien sympathique, les habitants d'Hokkaidō n'ont pas cédé à l'effet de mode qui a conquis le reste de l'archipel et ont décidé de conserver leur mode de vie malgré la généralisation de la culture du riz chez leurs voisins. Le fait que le riz ne soit pas franchement adapté au climat d'Hokkaidō a peut-être joué un rôle dans ce choix, mais, une fois de plus, il ne nous sera pas possible d'accéder à la pensée qui sous-tend le geste, ou en l'occurrence, l'économie de subsistance.
   Quoi qu'il en soit au IIIè et IVè siècle de notre ère, à l'époque où le site de Takano 3 est occupé, ses habitants participent à une culture nommée Zoku-Jōmon 続縄文時代 en japonais et Épi-Jōmon ou Post-Jōmon dans la littérature en langue occidentale. Il s'agit indubitablement de Jōmon, ce site correspond donc bien à la période couverte par ce journal.

(Tout ça pour pouvoir parler de couteaux en obsidienne...)

  Le site de Takano 3 (高野3遺跡, Hokkaidō, district de Abashiri, ville de Bihoro, Takano), fouillé de mai à août cette année, s'étend sur 1000 m².  Dans une tombe, on a trouvé un mobilier funéraire assez exceptionnel comportant notamment une vaisselle en céramique intacte, deux couteaux en obsidienne et 22 pointes de flèches en obsidienne.



  La tombe est une fosse elliptique de 2 mètres de long par 1,2 mètre de large. Comme souvent, le squelette n'a pas été retrouvé.

  La vaisselle mesure 15 centimètres de haut et 14 centimètres de diamètre à l'ouverture. À quatre endroits sur le bord, elle présente des protubérances regroupées par deux ou trois. Le pot est décoré par l'application sur sa surface avant cuisson de cordes nouées qui donnent les motifs caractéristiques de la poterie jōmon (Jōmon signifiant "motifs de cordes").

  Les couteaux mesurent 13 centimètres et 8,5 centimètres de long. Les pointes de flèches sont triangulaires, avec une épaisseur de 1,5 millimètre seulement.

  Ce mobilier ne présente aucune trace d'utilisation : il a vraisemblablement été fabriqué uniquement dans le but de servir de mobilier funéraire.

  Bon. Je ne fais pas un article sur toutes les découvertes de tombes du Japon, alors pourquoi celle-ci ? Déjà, si la céramique jōmon est très bien caractérisée, représentée par des milliards de pots, ancrés dans une typologie précise, les découvertes de pots entiers, si elles ne sont pas incroyablement exceptionnelles, restent rares. Assez rares pour mériter des articles avec photos dans les journaux nationaux deux ou trois fois par an.
  Ensuite, il s'agit d'un mobilier particulier (et je ne parle pas de mon inclination déraisonnable pour l'obsidienne). Le mobilier funéraire jōmon est, la plupart du temps, un mobilier usagé. On enterre le mort avec des objets qu'il a utilisés de son vivant, ou bien que les personnes en deuil prélèvent sur leurs propres possession pour en faire cadeau au décédé. Les tombes comportant un mobilier neuf sont très rares au Jōmon, mais deviennent plus fréquentes dans les civilisations suivantes. Cela dénote d'un glissement dans la manière dont la population inhumante envisage le mobilier funéraire. Il s'agit au départ des possessions du mort et il est probablement naturel de les ensevelir avec lui. Inhumer du matériel neuf implique l'abandon de l'implication sentimentale, du lien qui unit le mort au mobilier présent dans sa tombe. Le mobilier revêt une signification symbolique, et l'on peut amorcer un glissement vers un mobilier funéraire à valeur rituelle, comportant des éléments non-fonctionnels comme on en trouve dans les tombes ultérieures.
  Les populations sont en général très attachées à leurs traditions funéraires. Une modification de celles-ci permet d'envisager une transition dans les mentalités bien plus certaine que celle impliquée par des changements dans les styles céramiques, par exemple.
(et je ne dis pas ça parce que l'anthropologie funéraire est une de mes spécialités !)

Source )

 



berangere: (Default)
  Dans le cadre de la campagne pour l'inscription de "l'ensemble des sites jōmons centrés sur Hokkaidō et le Tōhoku" au patrimoine mondial de l'humanité, un forum intitulé 「Les quatre saisons du Jōmon d'Hokkaidō」, centré sur les habitudes alimentaires des jōmons au cours de l'année, a eu lieu ce week-end au Centre d'Activités du Peuple d'Hokkaidō à Sapporo.

  Qui dit "ressources alimentaires qui varient au cours de l'année" dit "calendrier jōmon".
  Le calendrier jōmon (縄文カレンダー) est un graphique extrêmement célèbre dessiné par Kobayashi Tatsuo dans un article de 1975 intitulé 「Les quatre saisons des jōmons」 et qui représente la saisonnalité dans les activités de subsistance jōmons.

illustration )

  Kobayashi Tatsuo est venu présenter cette saisonnalité à l'ouverture du forum.
  Ensuite, le poète Harako Osamu a récité 「l'aube jōmon」 (pourquoi pas après tout ?).
  Puis, Yamada Gorō du Musée historique d'Hokkaidō et Nishimoto Toyohiro du Rekihaku (Museum National d'Histoire du Japon) ont animé une discussion sur les habitudes alimentaires jōmons retracées d'après les os, les coquillages, les restes végétaux retrouvés en fouilles (et ont donc forcément dû dire à un moment donné que le calendrier jōmon est trop généraliste pour exprimer la diversité des régimes alimentaires des populations jōmons. normalement. en tous cas, ça aurait été bien).

 

Le mainichi )

 



berangere: (anthropo fun)
  On est vendredi... et je n'ai rien à proposer de nouveau pour le Follow Friday, voici donc un article sur des os à la place.

  La ville de Date sur Hokkaidō a été le théâtre de nombreuses fouilles archéologiques, parmi lesquelles celles ayant eu lieu sur le site de l'amas coquillier de Kitakogane.
Il s'agit d'un site couvrant une surface d'environ 87.500 m², occupé au
Jōmon Ancien. Une plaquette informative en anglais est disponible ici (pdf).
  Au nord de cet amas coquillier, il existe un autre site, Kitakogane 2, qui s'étend environ sur 50.000 m² et dont l'occupation couvre à la fois le Jōmon Initial et le Jōmon Ancien, de 5000 à 3000 BCE.
  À la fin du mois dernier, on a retrouvé sur ce site une tombe en fosse datant probablement d'avant le
Jōmon Ancien, et donc antérieure à toutes celles trouvées dans l'amas coquillier voisin (14 tombes ont été fouillées dans l'amas coquillier).
  Il s'agit toujours d'une victoire au Japon : la tombe contient des os. Il s'agit d'un adulte avec les membres inférieurs fléchis, dont la tête (avec plusieurs dents), la colonne vertébrale, les fémurs et les tibias ont été conservés. Le coxal en revanche ne nous est pas parvenu. Les os présentent des traces d'ocre rouge, dont le corps était probablement enduit.
  La fosse mesure 130 cm de long pour 85 cm de large. Elle est aujourd'hui profonde de 80 cm, mais à l'époque, le sol avait été creusé seulement de 60 cm.



  Aono Tomoya (38 ans), directeur de l'Établissement de recherche culturel municipal de Funkawan affirme que Kitakogane 2 est un site d'une importance culturelle équivalente à celle de l'amas coquillier de Kitakogane, et espère une inscription rapide sur la liste des sites historiques d'importance nationale.

  Il s'agit également de l'avis de Kobayashi Tatsuo (dont l'âge n'était pas précisé par l'article. Comme je conçois l'importance capitale de cette information*, j'ai fait une recherche : il a eu 73 ans il y a trois jours), ancien directeur du comité pour la conservation de l'amas coquillier de Kitakogane et professeur honoraire à l'Université Kokugauin, qui veut faire enregistrer tous les sites jōmons de Hokkaidō et du Tōhoku au patrimoine mondial de l'UNESCO (après tout, pourquoi se limiter à un niveau national ?).

  Il s'agit du premier corps découvert à l'extérieur de l'amas coquillier, et il pourrait correspondre à une modification des habitudes funéraires des populations dans le temps.






 


 

article du mainichi )


*La plupart des articles de journaux donnent, pour une raison inconnue, l'âge des archéologues.


Profile

berangere: (Default)
bérangère

Custom Text

Syndicate

RSS Atom

February 2016

S M T W T F S
 123456
78910111213
1415 1617181920
21222324252627
2829     

Tags

Style Credit

Expand Cut Tags

No cut tags