berangere: (Default)
2015-07-07 09:15 am

En bref - Un four polynésien, c'est bien, trente-cinq fours polynésiens, c'est mieux (probablement)

Carte du Japon avec Okinawa et le site de Awayonagawabaru  Le site de Awayonagawabaru (安和与那川原遺跡), Préfecture d'Okinawa, Ville de Nago, Aza Awa) a été découvert en 2007 à l'occasion d'une reconnaissance menée avant la mise en place de mesures pour limiter les dépôts alluviaux de la rivière Yona-gawa. Il est situé en face de l'amas coquillier d'Awa (安和貝塚), sur l'autre rive, mais les deux sites appartiennent à des époques différentes. Le site s'étend sur 1840 m² et est fouillé depuis juin 2014. En janvier de cette année, une zone d'environ 500 m² avait été fouillée, dans laquelle trente-cinq (35) fours polynésiens avaient été trouvés. Il s'agit du plus grand nombre de fours polynésiens trouvés dans un seul site sur l'île d'Okinawa (comme il est précisé "l'île", je suppose l'existence d'un site avec un plus grand nombre de fours polynésiens dans la "préfecture", mais je ne l'ai pas encore trouvé). Ces structures sont circulaires, composées de groupement de pierres brûlées, de cendres et de charbon et sont donc interprétées comme des fours polynésiens (principe du four polynésien : on creuse un trou, on le pave de pierre, on dépose la nourriture –emmaillotée dans des feuilles–, on recouvre de feuilles, branches, combustibles, on met le feu et on attend).

   Le mobilier inclut de la céramique des types Iha, Ogidō et Katoku I, tous correspondant au Kaizuka Ancien (2000-1000 BC)*. Le site a également livré des pierres à moudre, des coquillages, des os de poissons et de dugong, mais aucune habitation pour le moment. À l'époque, le niveau de la mer étant plus élevé, le site se situait probablement à l'embouchure de la rivière Yona-gawa, fournissant un accès à la fois aux ressources marines et fluviales. L'absence d'habitation laisse penser qu'il était utilisé comme base de pêche par les habitants d'un habitat à proximité, et que les repas étaient préparés sur place dans les fours polynésiens.

   Les fouilles se poursuivront jusqu'en février prochain et la publication du rapport de fouilles est prévue pour 2016. Je l'attends.

* Kaizuka Ancien : période parallèle au Jōmon Récent.

Photos )


English )
berangere: (itazuke)
2013-10-21 02:01 pm

Les tessons de Funakoshibaru

Carte g�n�rale de l'archipel d'Okinawa montrant l'emplacement du site de Funakoshibaru 

  Écrire des articles et ne pas les publier pendant deux semaines ne va pas aider l'archéologie d'Okinawa à sortir de l'ombre…

 

  L'archéologie d'Okinawa existe, mais c'est une archéologie furtive, en fait. Prenez le site de Funakoshibaru par exemple. Selon des personnes plutôt bien informées (le Centre Archéologique Préfectoral d'Okinawa), il s'agit d'un site important de la préhistoire d'Okinawa. Pour une raison obscure, les pages web qui lui sont dédiées se comptent sur les doigts… d'un doigt. Il est bien mentionné deux ou trois fois en passant sur d'autres sites, mais essentiellement en tant que destination touristique…

De l'archéologie furtive, donc. Heureusement que le Centre Archéologique Préfectoral d'Okinawa fait des conférences.

 

Le site de Funakoshibaru (船越原遺跡, Village de Tokashiki, Île de Tokashiki, Archipel de Kerama, Préfecture d'Okinawa) a été découvert en 1975 à l'emplacement d'une carrière de sable. L'île de Tokashiki compte d'autres sites importants pour la préhistoire d'Okinawa, comme Aharen'ura qui est le site éponyme de la céramique Aharen'ura, datée du début de la Période Kaizuka Récent1. Le Centre Archéologique Préfectoral d'Okinawa mène actuellement un projet quinquennal de prospection archéologique sur les îles Kerama dans le but de recenser tous les sites de la préfecture. En 2012, dans le cadre de ce projet, ils ont conduit une étude sur la distribution des tombes antiques (Période Moderne et début de la Contemporaine) dans le village de Zamami (Île de Zamami), qui a été expédiée en environ trois (3) minutes au début de la présentation et une autre pour déterminer les limites du site de Funakoshibaru.

 

 

 

 

 

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berangere: (rizière)
2013-09-28 02:31 pm

Relations internationales, cuisine commune et stratigraphie complexe : Kiyuna agaribaru nu bataki

En raison de son incroyable popularité, notre série "La préhistoire d'Okinawa n'est pas un mythe" devient hebdomadaire ! Quoi qu'en pensent les sceptiques, les preuves de son existence s'accumulent et des gens font même des conférences sur sites pour répandre la bonne nouvelle.

 
carte de localisation du site  Le site de Kiyūna agaribaru nu bataki (喜友名東原ヌバタキ, Kiyūna, ville de Ginowan, préfecture d'Okinawa) a fait l'objet d'une cinquième campagne de fouilles par le Comité d'Éducation de la ville de Ginowan cet été, de juin à début septembre, avant la construction d'un immeuble d'habitations. Il s'agit d'un site d'habitat daté des alentours de 500 BCE, à la toute fin de la Période des Amas Coquilliers Moyen (ce qui correspond en gros au Jōmon Final, mais comme la préhistoire d'Okinawa existe avec plusieurs centaines de kilomètres d'eau entre elle et la civilisation Jōmon, elle a le droit d'avoir sa propre terminologie). Les précédentes campagnes ont permis d'identifier vingt-et-une (21) habitations, des foyers extérieurs et des silos / fosses. Le mobilier comporte des vaisselles locales (de type Kayauchibanta et Uzahama), des vaisselles importées de Kyūshū du Yayoi Initial (datées de 2670 BP), des outils lithiques, des coquillages percés et des écofacts (des graines).

Le site est donc particulièrement intéressant parce que 1- il s'agit d'un site archéologique, tous les sites archéologiques sont intéressants ; 2- il permet d'obtenir des indices sur les relations entre Okinawa et le Japon ; 3- ces informations concernent une période de transition entre deux (2) civilisations sur l'archipel japonais, et les transitions sont toujours des périodes amusantes.

 

Cette année, la campagne de fouilles a permis de mettre au jour six (6) habitations, une dizaine de foyers-fosses et des zones de passage (des chemins entre les habitations).

Comme la plupart du temps pour la civilisation Jōmon et la civilisation des Amas Coquilliers, les habitations sont semi-enterrées, creusées dans le sol géologique. Le site est situé dans un endroit ou le sol géologique n'est pas particulièrement épais et dans plusieurs habitations, le creusement atteint la roche mère. Dans cette partie d'Okinawa, la roche mère est du calcaire des Ryūkyū, qui présente une surface très irrégulière. Dans les habitations où cet horizon a été atteint, la roche a été aplanie, probablement par percussions répétées avec d'autres blocs de roche, ce qui a dû représenter un travail conséquent. Après cette préparation, une couche de terre a été déposée sur la surface aplanie. Ce type de sol d'habitation avec dépôt volontaire d'une couche de terre est une hariyuka.

 

 

 

 

 

 

berangere: (Default)
2013-09-23 09:11 am

Quatorze foyers du Jomon Récent sur l'île d'Ie : un indice de sédentarité ?


carte gnrale  Ce prétendu site d'actualités est en passe de devenir semestriel… Pour pallier ce dysfonctionnement flagrant, et dans le cadre de notre nouvelle série "L'archéologie d'Okinawa existe, parlez-en à vos amis (ce n'est pas sale)", j'aimerais attirer votre attention sur l'amas coquillier de Nagarabaru daisan.

   Nagarabaru daisan (ナガラ原第三, littéralement "Nagarabaru III") est un amas coquillier situé sur la côte sud de l'île d'Ie (Kawahira, Village de Ie, Préfecture d'Okinawa), environ à deux kilomètres du port d'Ie, dans une zone qui va prochainement être réaménagée pour contrer la pollution maritime due à l'érosion des terres agricoles.

Une récente campagne de fouilles par le Comité d'Éducation d'Ie, débutée en juillet et qui a duré jusqu'à la fin du mois dernier, a permis de dégager quatorze (14) foyers du Jōmon Récent qui ont été utilisés successivement sur une période d'environ mille (1000) ans (2000 – 1000 BCE), associés à une structure en creux avec pavement de pierres qui est interprétée comme une habitation semi-enterrée.

La zone de fouilles mesure 13 par 36 mètres et les vestiges jōmons ont été mis au jour à une profondeur variant entre 2 et 3 mètres en dessous du sol actuel.

Les foyers, situés autour de l'habitation et dans la zone orientale, présentent des aménagements de pierres pour maintenir les pots à cuire. Le village d'Ie compte d'autres sites qui ont livré des habitations semi-enterrées, mais il s'agit de la première fois que l'on trouve un site présentant autant de vestiges d'une activité domestique dans la préfecture pour cette période. Nagarabaru daisan était probablement un habitat permanent, ce qui  argue en faveur de la sédentarité des populations (la question de la sédentarité des populations jōmons sur Okinawa n'est pas encore parfaitement tranchée).

photo gnrale du site  Les vestiges jōmons ont été trouvés en association avec de la céramique Ogidō, ce qui a permis de les attribuer au Jōmon Récent. Le mobilier jōmon comporte également des éléments de parure en coquillage, du mobilier en matières dures animales (os de mammifères marins) et des épines d'oursin gravées, dont la fonction reste pour le moins obscure. Comparé aux autres sites de la même période, le mobilier lithique est limité, ce qui contraste avec l'abondant mobilier en coquillage. Il peut s'agir d'une adaptation de la culture matérielle au fait que l'habitat était situé en bord de mer, ou bien à l'absence de matières premières dans un environnement insulaire.

  

Le site comprend également un petit amas coquillier du Yayoi Récent et les restes de trois (3) individus (deux adultes et un immature) datés du Paléolithique (antérieur à 8000 – 7000 BCE, aucun mobilier n'a été trouvé en association pour confirmer cette datation).

L'amas coquillier yayoi a livré de la céramique yayoi et des concentrations d'imogai (Conidae) caractéristiques de cette période où ces coquillages étaient l'objet d'un commerce intense avec les lointaines îles de l'archipel japonais.

Le mobilier jomon






























 Mobilier jōmon. Les tessons sont de type Ogidō, la pièce de mobilier en bas à droite est en
os de mammifère marin et est décrit comme un kanzashi (pic à cheveux).
Jōmon artefacts. The sherds are from Ogidō pottery, the artefact in the down right corner is made
in sea mammal bones and is described as a kanzashi (hair ornament).
 

 

 

 

berangere: (anthropo fun)
2013-01-09 04:35 pm

Une sépulture Jomon dans le sud d'Okinawa

Carte et photos seront uploadées plus tard.

   Il est grand temps de commencer à parler un peu d'Okinawa. Malgré une activité archéologique assez importante, surtout compte tenu de la taille de l'île, la presse n'est pas terriblement prodigue en actualités. Mais ça ne peut pas faire de mal de parler de découvertes qui datent un peu, après tout, ceci est un site sur l'archéologie, nous sommes quelque part spécialisés dans les choses qui datent un peu. J'ai choisi un site avec des os jōmons*, parce que, c'est évident, tout le monde a envie de lire un article sur des os jōmons.

   Le site de Bugeidō (武芸洞遺跡, Teruda utaki baru, Maekawa-aza, Tamagusuku-ōaza**, ville de Nanjō et donc, préfecture d'Okinawa) est situé dans une grotte mesurant 25 m (Est-Ouest) par 30 m (Nord-Sud) et 4 m de haut au maximum. La grotte a deux accès, un à l'est et un à l'ouest et est située à proximité de plusieurs autres sites dont le plus célèbre est la fissure de Minatogawa dans laquelle on a retrouvé les restes d'hommes fossiles logiquement nommés "Hommes de Minatogawa" (ce sujet ne sera probablement jamais traîté sur ce site, compte tenu de l'âge des vestiges).
   Le site de Bugeidō a été l'objet de plusieurs campagnes de fouilles (toujours sur des secteurs très limités de quelques mètres carrés) entre 2007 et 2009.
   Il est (relativement) célèbre car il a été le premier site du Sud d'Okinawa dans lequel on a trouvé une unité stratigraphique contenant des tessons de vaisselle tsumegatamon, datée du Jōmon Ancien vers 4.000 BCE. Il comporte également les vestiges d'un foyer associé à de la vaisselle omonawazentei du Jōmon Moyen (2500-2000 BCE) et une sépulture avec coffrage en pierre associée à des tessons de vaisselle uzahama et nakabaru du Jōmon Final (500 BCE).

   Une centaine de tessons tsumegatamon ont été trouvés en relation avec plus de trois cents (300) fragments d'os d'animaux brûlés et divers éléments de mobilier lithique dont une hache avec le tranchant poli.

   Dans une autre zone de la grotte, les fouilles ont révélé la présence d'une sépulture avec coffrage en pierre. La sépulture tire partie du relief naturel de la grotte, qu'elle complète avec des blocs de calcaires afin de créer un coffrage complet de 240 x 115 cm. Elle était fermée grossièrement par des pierres de couverture plates et recouverte de terre.
   Le corps était déposé dans le coffrage en décubitus ventral***, la tête vers le Nord-Est, légèrement tournée vers la droite. Le squelette est parfaitement conservé malgré une notable dispersion des os des mains et des pieds. Il s'agit d'un homme d'une quarantaine d'années.
  Le mobilier funéraire (car il y en a) comporte un tridacnide (Tridacnidae) posé sur le corps à hauteur de la poitrine, un cellana mazatlandica percé d'un trou juste en dessous des cervicales et un autre près du pied gauche. Enfin, douze (12) perles qui constituaient probablement un bracelet ont été retrouvées autour de l'ulna et du radius gauche. Il s'agissait alors de la première découverte d'un bracelet de perles en place.
   Il semblerait que la sépulture ait été fermée une première fois, puis rouverte pour déposer des éléments du mobilier funéraire, ce qui expliquerait la dislocation des os des pieds et des mains, aux articulations particulièrement labiles
  À noter qu'en plus du squelette complet, la sépulture contenait aussi les restes épars et fragmentaires de deux autres. Il semble donc que le même coffrage ait été utilisé successivement pour plusieurs inhumations.

   Il existe d'autres exemples de sépultures dans des coffrages de pierres sur Okinawa : sur le site de Momenbaru (Toguchi, village de Yomitan), dans l'amas coquiller de Nakakawabaru (Tokeshi, village de Yomitan), sur le site de Ōkubobaru (Tokeshi, village de Yomitan), sur le site de Azamabaru (Mashiki, ville de Ginowan) ou sur le site de Kanikubaru (Ujidomari, ville de Ginowan). Il s'agit essentiellement de sites de bord de mer. La sépulture avec coffrage de pierres découverte à Bugeidō est la première à l'être en contexte troglodyte.

Source: 山崎真治 藤田祐樹 西秋良宏 2009 平成19・20年度南城武芸洞遺跡発掘調査の概要, 沖縄県立博物館美術館紀要 2: 5-18.

* la terminologie de la chronologie pour les périodes préhistoriques dans l'archipel des Ryūkyū sera probablement abordée plus tard sur ce site. Vraisemblablement à plusieurs reprises. Très certainement dans des articles rangés sous le tag "je râle".
** je me rends compte qu'il va également falloir un article sur les terminologies géographiques propres à Okinawa, qui n'aura peut-être pas droit au tag "je râle". Peut-être.
*** oui, ceci est un oxymore.



English translation )
berangere: (anthropo fun)
2011-09-01 03:09 pm

La gloire internationale !

  Oh ! Un article sur l'archéo jap qui a réussi à faire son chemin jusque sur les sites d'actu anglophones ! Il n'y a pas de raison que les sites francophones soient en reste, même si, pour ma part, je trouve cette découverte bien moins passionnante que, par exemple, celle du site de Odake... Voici donc une présentation de l'événement archéologique japonais interplanétaire de l'année :

   Le site de Mabuni Hantabaru (摩文仁ハンタ原遺跡, préfecture d'Okinawa, île d'Okinawa, ville de Itoman) est en lui-même un site funéraire intéressant du Jōmon Récent (2000 - 1000 BCE) avec une stratigraphie complexe : sépulture collective secondaire avec réductions de corps, tout ce que j'adore. Pour le moment, le NMI* est de 85 individus mais les restes osseux sont toujours en cours d'analyse.
   Il y a plusieurs phases d'utilisation du site. Dans les unités stratigraphiques supérieures, les individus sont enterrés avec des pierres autour de la tête, dans les unités stratigraphiques inférieures, la mode est aux réductions de corps. 80% du mobilier retrouvé (232 pièces en 2009, je n'ai pas trouvé de chiffres plus récent, mais les fouilles se sont poursuivies en 2010) est en os décoré de ciselures.


Non, je n'ai pas d'illustration plus grande...



  Mais ce qui émeut nos amis anglophones (et les journalistes japonais aussi, ne le nions pas !), ce n'est pas la grande quantité d'os retrouvée, ou la qualité du mobilier mais un ulna droit (os de l'avant bras) qui mesure 28 centimètres de long. De la longueur de cet os, on a déduit la taille de l'individu auquel il a appartenu, et il se trouve qu'il devait mesurer 169 centimètres. Taille tout à fait respectable quand on sait qu'à l'époque la taille moyenne des individus mâles est estimée à 158 centimètres. Et voilà donc ce pourquoi le site fait une apparition sur le net anglophone (le net japonais est en émoi également, hein).
  Il est vrai qu'il s'agit du plus grand ulna retrouvé pour les zones de Kyūshū et Okinawa pour cette période, et qu'il est accompagné d'un autre ulna, ayant appartenu à un individu ayant mesuré 164 centimètres. Même en dehors de Kyūshū et d'Okinawa, les os de cette taille restent rares.


"le corps du délit". à droite. à gauche c'est un radius.

  Donc, sur 85 individus, on a deux grands. Je pense que c'est un peu mince pour conclure à l'existence d'un groupe ethnique allogène sur Okinawa à l'époque (si, si, cette théorie circule). Pour information la taille moyenne des hommes français est de 177 centimètres. Comptez le nombre de français que vous connaissez mesurant plus de 187 centimètres et vous verrez que les individus dépassant la moyenne de 10 centimètres ne sont pas monnaie rare.
  Mais on ne peut pas empêcher les gens de s'enflammer. Certains sites parlent même d'une évolution locale depuis l'Homme de Minatogawa, qui correspond aux plus anciens spécimens humains découverts au Japon (à Okinawa), datés de 16.000 BCE. [La population dite jōmon serait arrivée plus tard, en provenance du nord].14.000 ans sans squelettes intermédiaires, c'est un peu léger pour développer une théorie solide. Surtout si on considère que les squelettes de l'homme de Minatogawa retrouvés appartenaient à des individus mesurant entre 150 et 155 centimètres, et donc plus petits que la moyenne des Jōmons... Si vous voulez faire de cet ulna de 28 centimètres le fer de lance d'une théorie concernant l'implication d'un autre groupe ethnique, choisissez-en au moins un avec une taille moyenne plus importante...
  D'autres sites parlent de relations pacifiques et harmonieuses avec d'autres groupes humains étrangers à une époque où les sociétés humaines ne connaissaient pas la discrimination. Je ne vois aucune objection à cela pour la partie "relations avec d'autres groupes humains" : seule une analyse plus poussée des ossements nous permettra de conclure quant aux éventuels liens de parenté entre les différents individus. Mais pourquoi pacifiques et harmonieuses ? Pourquoi pas, remarque. 

  Ce qui me rassure, c'est que les gens en charge du site sont beaucoup plus rationnels. Matsushita Takayuki, qui est directeur du Musée Anthropologique du site de Doigahama (préfecture de Yamaguchi sur Honshū, un autre site paradisiaque pour anthropologues funéraires, que je vous recommande), si il admet le caractère exceptionnel de la taille de ces os, dit qu'elle peut très bien s'expliquer par des variations individuelles. De même il peut s'agir de deux individus venus de l'extérieur, mais il va falloir trouver un nombre conséquent de squelettes présentant les mêmes caractéristiques avant de pouvoir conclure à la présence significative d'une population allogène complète.
  Les résultats des analyses des os du site de Mabuni Hantabaru (de tous les os et pas seulement deux ulnas) seront présentés le 3 septembre au Musée de Doigahama au cours d'un symposium.


NMI : Nombre Minimal d'Individus = On sait qu'ils étaient au moins 85, mais il est très possible qu'ils aient été plus, c'est juste qu'on ne peut pas le prouver.
berangere: (Default)
2011-04-13 09:06 am

Vestiges d'un probable fossé jomon sur Okinawa

   On a découvert les 「vestiges d'une dépression en forme de fossé」 datés du Jōmon Final (1000 BCE) sur le site de Futenma Shimohara II (普天間下原第二遺跡, préfecture d'Okinawa, ville de Ginowan, Camp américain de Sukeran).
  Il s'agit de la première découverte d'une structure de ce type dans la préfecture, et probablement dans tout l'archipel Amami.
  Le site a livré des traces de vestiges d'un habitat à proximité, et il est possible que cette structure correspondent à une division volontaire de l'espace de l'habitat : il s'agit d'une découverte importante dans le cadre de la compréhension de l'organisation des habitats de cette époque sur Okinawa.

  Une grande quantité de céramique a été découverte à l'intérieur du fossé. La céramique ne présente pas de traces d'utilisation domestique (restes alimentaires) et il est possible qu'elle ait été placée dans la fossé dans le cadre d'une activité rituelle.
  Il s'agit de céramique de type Uzahama (du nom d'un autre site sur Okinawa), et elle est présente dans les trois couches de comblement du fossé. Cette découverte va permettre d'affiner la typologie de la céramique Uzahama en proposant une évolution chronologique. Dans la plupart des sites sur Okinawa, les différents niveaux d'occupation ne sont pas clairement identifiables, à cause des recoupements importants des différentes unités stratigraphiques, dérangées par les occupations successives du même endroit pendant plusieurs millénaires. Retrouver une structure contenant du matériel attribué à une seule époque est très rare.

  Les fouilles ont lieu depuis septembre 2010 et se poursuivront jusqu'au mois prochain. Le Comité d'Éducation Municipal a proposé la préservation du site au Département de Protection d'Okinawa : le site devait devenir un parking pour un hôpital de la marine américaine. S'il est classé, il sera recouvert et le parking sera construit de manière à ne pas endommager les vestiges non encore fouillés.

Source )